Le climat social se tend au Sénégal. Le Front syndical pour la Défense du Travail a annoncé un préavis de grève générale de 72 heures. Une campagne de mobilisation est déjà engagée à travers le pays.
Face à cette menace, le patronat tente de jouer les médiateurs. Le président du Conseil national du patronat du Sénégal (CNP), Baïdy Agne, et celui de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), Abdel Kader Ndiaye, ont reçu, les secrétaires généraux des principales centrales syndicales. La rencontre s’est tenue au siège du CNP.
Les nouveaux codes au cœur de la contestation
Les syndicats contestent d’abord la procédure ayant conduit à l’adoption par l’Assemblée nationale du Code du travail et du Code de la sécurité sociale. Selon eux, les concertations avec les partenaires sociaux auraient dû être finalisées avant l’adoption des deux textes. Une directive présidentielle avait été donnée dans ce sens lors de la remise du cahier de doléances des travailleurs, le 1er mai 2026.
Le Front syndical dénonce également une remise en cause de la liberté syndicale et des droits fondamentaux au travail. Il évoque aussi la Convention 144 de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui porte sur les consultations tripartites relatives aux normes internationales du travail.
Autre point de friction : le nouveau régime du contrat à durée déterminée. Les syndicats redoutent une plus grande précarisation des travailleurs. Le patronat reconnaît, de son côté, que la disposition prévoyant une durée de quatre ans peut donner lieu à plusieurs interprétations. Elle pourrait également provoquer des contentieux sociaux.
Le CNP et la CNES se déclarent ainsi favorables au maintien de l’ancien dispositif, qui prévoit un CDD de deux ans, renouvelable une fois.
Les institutions sociales également sous tension
La gouvernance des institutions sociales constitue un autre sujet de désaccord. Le patronat estime regrettable que certaines innovations issues du consensus tripartite du Conseil consultatif national du travail n’aient pas été prises en compte. Il rejoint donc plusieurs préoccupations exprimées par les centrales syndicales.
Sur la question de l’autonomie de gestion des institutions sociales, les employeurs rappellent toutefois le rôle de l’État dans leur gouvernance. Pour les organisations patronales, une grève générale de 72 heures interviendrait dans un contexte déjà difficile. Entreprises, travailleurs et pouvoirs publics évoluent dans un environnement socio-économique sous tension.
Le patronat estime qu’une paralysie de l’activité serait préjudiciable. Il met en garde contre ses conséquences sur l’économie nationale et l’image du Sénégal.
Le CNP et la CNES veulent donc éviter l’escalade.
Ils préconisent la reprise des discussions entre l’État, les syndicats et les employeurs. Le patronat rappelle que le Sénégal a longtemps été présenté comme un exemple en matière de démocratie sociale. Il estime qu’une éventuelle plainte liée à la Convention 144 de l’OIT serait donc à éviter.
Dans ce contexte, les organisations patronales veulent privilégier le dialogue. Elles saluent également la directive présidentielle annoncée lors du Conseil des ministres du 2 septembre 2026. Celle-ci porte notamment sur la revalorisation des pensions de retraite et la préservation des acquis liés à la gouvernance des institutions de protection sociale.
Le bras de fer n’est donc pas encore engagé. Les positions restent toutefois sensibles. Les syndicats maintiennent leur pression. Le patronat reconnaît plusieurs de leurs préoccupations. La priorité est désormais de renouer le fil des concertations tripartites. Pour les employeurs, l’objectif est de préserver la paix sociale, tout en protégeant la productivité et la croissance économique.
La balle est désormais dans le camp de l’État et des partenaires sociaux.
Rp par CNPcom
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